21.3.10

Les (fils de) Chân Dâng nostalgiques du Caillou

Près d’un millier de Vietnamiens nés en Nouvelle-Calédonie et aux ex-Nouvelles-Hébrides (Vanuatu) se sont retrouvés le dimanche 21 février 2010 à Tuyên Quang, à 165 km au nord d’Hanoi. Dans l’immense salle de réunion de l’école politique du parti communiste, ils ont commémoré avec beaucoup d’émotion le cinquantième anniversaire de leur retour au pays de leurs ancêtres. Jamais un tel rassemblement n’avait été organisé.


Habituellement paisible, Tuyên Quang, une bourgade rurale située dans une région vallonnée, a connu une affluence exceptionnelle pour la célébration de cet anniversaire, préparé de longue date.
« J’ai mis cinq ans à obtenir les autorisations », soulignait Mân, l’un des responsables du comité d’organisation, fier d’avoir réussi à rassembler cette « grande famille ». La fête a commencé dès le samedi soir avec un bal où les participants ont repris en chœur Au revoir Calédonie de Gabilou et dansé le pilou, en souvenir des belles années passées en Nouvelle-Calédonie.

Pour revoir des amis perdus de vue depuis leur débarquement dans le port d’Haiphong au début des années 1960, certains n’avaient pas hésité à faire un long voyage depuis le Canada et l’Europe. Les autres avaient profité des vacances du Têt pour participer à cet événement, au prix de longues heures de bus sur les routes chaotiques et surchargées du Vietnam.

De leur côté, les autorités locales s’étaient mobilisées et elles ont multiplié les signes de bienvenue, notamment à l’égard des Vietnamiens résidant à l’étranger, appelés Viêt Kiêu. Les membres des diverses délégations, parmi lesquels André Dang, le président de la SMSP, et son épouse, ont été reçus très officiellement, dans une petite salle où trônait le buste d’Hô Chi Minh encadré d’un portrait de Lénine et de slogans de propagande incitant « à se sacrifier jusqu’au dernier souffle pour le parti communiste » ou « à vivre, combattre, étudier, travailler à l’exemple du grand Oncle Ho ».

A l’extérieur, les retrouvailles entre Vietnamiens, nés en Nouvelle-Calédonie, ont suscité un flot d’émotion et d’embrassades. Tous évoquaient, les larmes aux yeux, leur jeunesse insouciante sur le Caillou et le déchirement du départ à bord de l’Eastern Queen. « Si j’avais des ailes, je volerais vers la Nouvelle-Calédonie », répétait Hoa, partie enceinte à l’âge de 20 ans en 1963, tandis que son mari brandissait une photo du navire appareillant du quai Jules-Ferry.

« Si j’avais des ailes, je volerai vers la Nouvelle-Calédonie. »

Dans un excellent français, acquis sur les bancs de l’école à Nouméa ou en Brousse, ils revendiquaient avec force leur identité calédonienne. « La Calédonie, c’est mon premier pays, ma patrie de cœur », affirmaient-ils, devant des panneaux où étaient affichées des photos de l’époque, tirées d’albums de famille sortis des armoires pour l’occasion.
Passé les effusions, la foule a convergé à l’intérieur du bâtiment pour une longue cérémonie.

Le premier rang avait été réservé aux Viêt Kiêu à la réussite économique exemplaire, à l’instar d’André Dang, accueilli avec tous les honneurs. Invité à s’exprimer à la tribune, l’homme d’affaires calédonien, qui n’était pas revenu au Vietnam depuis vingt-six ans, a retracé son parcours dans la langue de ses parents. Plus pragmatiques, les dirigeants du parti ont appelé les Viêt Kiêu à investir dans le pays.

Pour attirer les Vietnamiens de l’étranger jadis considérés comme des traîtres, ils leur offrent la possibilité d’avoir une double nationalité et les citent en exemple. Depuis la chute du mur de Berlin, le Vietnam a ouvert son économie et privatisé des entreprises, ne refusant plus d’aller chercher à l’extérieur les compétences qui lui font défaut. « Avant, mener la lutte armée était considéré comme un acte d’héroïsme, maintenant, c’est la lutte économique qui prime », expliquait un ancien diplomate. Sensible aux honneurs et aux sollicitations, André Dang a promis de faire un geste « pour son pays de sang ».

Textes et photos : Anne Pitoiset et Claudine Wéry


Les Nouvelles Calédoniennes

1 commentaire:

Anonyme a dit…

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